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Prologue

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Mexico, 9:48, un “ciber” où j’ai pris possession de l’ordinateur numéro 4, le ventilateur brasse de l’air au-dessus de moi et du monde s’active tout autour – les mots fusent en espagnol. C’est l’Amérique Latine, on parle vite, on parle fort, les sourires et la bonne humeur ne font pas défaut. Ce voyage ne ressemble que très peu à mon précédent et la force qui me poussa en avant, cette fois, fut plutôt négative. Une fuite, je le sais, mais un bond en avant qui me propulsa exactement là où je devais être. C’est-à-dire une fois de plus sur la route, l’oeil dans le viseur de mon Fujifilm, le stylo sur mon carnet de voyage et mes doigts tapant frénétiquement sur le clavier de l’ordinateur numéro 4 dans un ciber au bord l’océan Pacifique.

Il y a pour moi une discipline dans l’écriture en voyage (à ne pas confondre avec l’écriture de voyage, que l’on fait après coup) que peu semblent saisir vraiment. L’esprit du voyageur se laisse volontiers aller à la paresse et aux rêveries dès lors que notre âme redécouvre les sensations de notre enfance, la liberté et le temps de d’explorer ce qui nous entoure. Il faut alors se faire violence, se montrer maître son esprit et user de discipline pour se mettre au travail. Oui j’ai bien dit travail, car c’est bien comme cela que je considère le temps passé, par choix, durant mes voyages à créer quelque chose de beau. Voilà ma seule ambition, créer quelque chose de beau, quelque chose d’artistique et d’émerveillant à la fois. Quelque chose que j’aurais eu envie de trouver lorsque je sillonais le monde à la recherche du sens de la vie.

Ce travail qui ne paie pas est, j’en suis sûr, bien plus bénéfique et nécessaire à l’humanité que tout autre travail que j’aie pu faire jusqu’à ce jour. C’est une oeuvre non terminée, à laquelle j’apporte une touche supplémentaire à chaque étape de mon voyage. Elle se nourrit de l’essence de la vie elle-même et, cela tombe bien, car j’ai tendance à trouver de la vie partout où je vais. Et plus j’avance, plus je comprends, que ce que fait la vie n’est pas ce que le monde dans toute son hypocrisie à voulu me faire croire jusque là.

Il est temps de tourner une nouvelle page, d’enfermer l’immensité de ce que j’ai vécu ces trois dernières années au fond de mon être pour laisser place à de nouvelles aventures. Et surtout, de remettre l’ouvrage sur le métier afin de créer, peut-être, quelque chose d’encore plus beau et d’exaltant. Car, aujourd’hui plus que toujours, le monde regorge de fausses valeurs par lesquelles trop d’entre nous se laissent berner sous prétexte de la satisfaction creuse et éphémère qu’elles apportent.

Que le vent me pousse là-bas,
d’où je puiserai tout ce dont
l’humanité a le plus besoin
avant de me retirer
dans un dernier souffle,
dénué de tout regrets et,
heureux l’espace d’un instant
emerveillé devant la beauté de
la vie...

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“ Et mon métier à moi! Il n’est pas exigeant, il n’est pas beau? Ramasser le monde en un jour, le jeter aux hommes chaque matin. Les sortir de leur ornière, de leur trou, de leur ennui, de leur routine aveugles. ”
– Le Tour du Malheur, Joseph Kessel