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Bienvenidos a El Salvador

Bienvenidos a El Salvador

Bienvenidos a El Salvador

06 avril 2016
El Salvador, non loin de la frontiere avec le Guatemala


Il faisait bien trop chaud pour pédaler. Je m'étais donc arreté dans un café. Un havre de paix et d'ombre au bord de la route. Pas de menu mais un petit buffet ou l'on pouvait choisir parmi une poignée de mets chauds. Je n'avais pas faim non seulement a cause de la chaleur écrasante mais aussi du litre de jus d'orange pressé passé au mixeur avec du lait. Pourtant, je n'avais pas commandé un licuado mais bien un litre de jus d'orange avec de la glace. Nouveau pays, nouvel accent.

Finalement, j'avale non sans peine du poulet frit, du riz et des legumes en creme. Le tout pour 2 dollars américains (monnaie locale au El Salvador). A ceci viennent s'ajouter une agua de horchata et un café. Car j'avais bien prévu de passer quelques heures a l'ombre afin d éviter la chaleur insupportable du milieu de journée. Apres avoir lu un chapitre d'A l'est d'Eden de John Steinbeck, je me levai et demandai que l'on m'indique les toilettes. Il y avait un maigre passage le long du mur qui amenait tout droit vers un molosse attaché a un poteau en bois. Il avait toute la liberté de me barrer le chemin et de me mordre les mollets si bon lui semblait. J'avanceai gentiment et il n'en fit rien. Je contourneai un tas de détritus a moitié cramé avant d'arriver a un type de toilettes turques avec un rideau de douche en guise de porte. Lorsque je l'ouvris, deux poulets s'en echapèrent et se faufilèrent entre mes jambes.

Pour se laver les mains, il y avait l'usuel évier en béton gris dont l'un des trois pans est une cuve remplie d'eau. Sur le coté généralement prevu pour faire sa lessive, se trouve l'ecuelle avec laquelle je puise un peu d'eau afin de me laver les mains et la figure. La chaleur est écrasante. Au contact de l'eau fraiche sur mon visage, je suis a deux doigts de prendre carrement une douche.

Lorsque je reprise la route, il ne fallut pas longtemps avant que je croise Mark qui pedalait en sens inverse. C'était un Canadien avait décidé de voyager a vélo de la Chine au Canada. Comme ca faisait deux ans qu'il était sur la route, nous prirent le temps de discuter un peu à l'ombre. Je lui parlais de l'Ouzbékistan et il mentionna son passage en Afhanistan. On aurait sûrement eu de quoi converser des heures mais c'est en quelques minutes que tout se fit et puis il était déjà temps de reprendre la route.

Plus tôt ce matin là, excepté mon smoothie à l'orange, j'avais aussi discuté avec deux jeunes salvadoriens. C'est alors qu'une fois de plus, j'entendis dire:

- El Salvador es el país mas peligroso del mundo.
(El Salvador c'est le pays le plus dangereux du monde)

Je répliquai, levant les yeux au ciel :
- En todas partes me dicen lo mismo...
(On me dit la même chose partout...)

- En Mexico te asaltan, aqui te matan.
(Au Mexique ils t'attaquent, ici ils te tuent)

- Obviamente... (je decideai de laisser tomber l'affaire)

Les locaux prennent toujours la peine d'accueillir les voyageurs solitaires avec soins. Quoi que je fasse, où que j'aille c'est toujours très dangereux. A part peut-être si je restais chez moi.

C'était mon premier jour au El Salvador. Il y avait des mangues au bord de la route. Ca me plaisait. Il faisait moins chaud car le soleil s'apprêtait à se coucher et j'avais un peu tardé pour me trouver un endroit ou mettre mon hamac. C'est alors que je me fis embobiner par ce champ rempli de palmiers à l'allure idyllique. Ce n'est seulement qu'après avoir déchargé mon velo et mes bagages que je me rendis compte qu'il n'y avait pas un palmier assez proche de l'autre afin d'y fixer mon hamac. Il faisait déjà presque nuit et il n'était plus temps de tergiverser. Je fixai donc mon hamac au seul endroit propice que j'avais trouvé, au coin du champ près d'un passage vers un autre champ où je venais d'apercevoir des hommes qui s'apprêtaient à rentrer d'une longue journée de travail. Eux aussi, ils m'avaient vu.

Alors qu'ils s'approchaient de moi, j'en entendis un crier:

- "Le voy a mataaaar!!" (je vais le tuer)

J'étais à moitié persuadé que c'était une blague. De l'humour latino peut-être. Lorsque le groupe d'hommes surgirent de l'entrée que formaient les arbres, j'étais assis en tailleur avec ma machette prête a fendre une pastèque que j'avais acheté au bord de la route. Calmement, je les gratifiai d'un sourire et d'un buenas noches. Celui qui voulait me tuer était un jeune homme qui me regarda d'un air méchant avant de se lasser, décu de n'avoir su me foutre les jetons. En fait si, même si je ne le montrais pas, je n'étais pas vraiment sûr de savoir ce qui allait se passer. Finalement rien, il m'avertir que j'allais me faire bouffer par les moustiques et rentrèrent chez eux afin d'éviter de subir le même sort. Et moi, je grimpai dans mon hamac car, en effet, les moustiques ne perdèrent pas de temps.

On savait où je dormais. Je n'aimais pas ca du tout. La règle principale de ce genre de camping est justement que personne ne doit savoir où l'on va passer la nuit. C'est pourquoi lorsque je vis une lampe torche m'éclairer depuis l'autre bout du champ, je ne fus pas rassuré. Quelqu'un se déplacait dans la nuit, muni d'une lampe torche, la faisant passer sur mon hamac a plusieurs reprises. Je savais bien que si l'on voulait me voler, ce ne serait pas bien difficile. Un type en calecon dans un hamac, même avec une machette, n'offre pas beaucoup de résistance. Il me fallait prendre une décision et vite. Soit je reste, je me convainc que je ne risque rien, que je divague simplement. Soit je me déplace au milieu de la nuit et me fais bouffer par les moustiques par la même occasion. Je choisi la seconde option.

Je me retrouvai donc, dans la nuit noire, à pousser mon velo le long de la route avec une lampe frontale sur la tête et une machette dans la main droite. Je me mis a la recherche d'une maison dans l'espoir que l'on m'abrite dans le jardin pour la nuit. Ou alors une église. J'avais entendu dire que les églises étaient une bonne option où l'on se faisait rarement refuser l'hospitalité. Je suppose qu'un pasteur refusant d'accueuillir un voyageur ne serait qu'à moitié crédible. Un camion s'arrêta au loin et le chauffeur se mit a marcher vers moi...

Chauve, massif, titubant, une coulée de bière sur son marcel. Ce type était soûl?! Il me proposa de m'amener jusqu'à la prochaine ville m'assurant que c'était dangereux de trainer au bord de la route la nuit. Oui bah merci j'avais pas prévu de passer noel ici et surtout je ne voyais pas en quoi monter dans un camion avec un chauffeur bourré faisant deux fois ma taille serait plus sûr. Je luis répondis donc en espagnol que non merci. Il insista, s'approchant sans arrêt de moi jusqu'à que je le fasse reculer en lui mettant ma lampe frontale dans les yeux. Et que je lui répète une fois de plus :

- No, gracias, no tengo confianza.
(non merci je le sens moyen de monter dans ton camion là)

Finalement, il me laissa tranquille et je fus content de trouver un peu plus loin une église. Le curé fut très aimable et bientôt je pus me doucher et j'eus de quoi manger. Je savais bien que El Salvador n'est pas El país mas peligroso del mundo pourtant cette nuit fut forte en émotion. Et j'avais bien hâte de m'endormir vers un jour nouveau.

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“ Vous êtes trop jeune pour cribler vos souvenirs, Adam, mais vous devriez vous en fabriquer de nouveaux pour qu'un jour la moisson soit plus riche dans le tamis. ”
— A l'est d'Eden, John Steinbeck